ÉCRITURE

JEANNE
Editions Quartett (2019)
« Le ciel est vide. Pourtant j’entends; j’entends des oiseaux. Une rumeur s’approche. Quelque chose vient, mon corps l’a senti, il se tend instinctivement. Le ciel est toujours vide devant moi. Les cris augmentent, en quelques instants, ils recouvrent tous les sons de la ville. Quelque chose vient. A l’instant où je me retourne, des nuées d’oiseaux jaillissent devant mes yeux. Des nuées immenses. De derrière les immeubles, ils affluent. Par centaines. Par milliers (…) Les étourneaux s’ébattent sur toute la surface du ciel ; le nuage fond dans une direction, en change brutalement, s’étire jusqu’à la transparence. Mon regard, mon souffle, mon corps, au centre du nuage soudain. Les oiseaux passent à travers moi. Leurs cris chassent toute pensée. Il ne reste devant moi en moi que des arabesques vivantes, sauvages, libres. Tout a été balayé. Soudain il n’y a plus de départ. Il n’y a plus Eloi, les enfants, ou même Jeanne. »
«Yan Allegret écrit précisément. Sans fioritures et sans facilités. Dès les premières pages nous sommes embarqués en compagnie de Jeanne. À la fois parce que nous voulons savoir, mais aussi parce que Jeanne nous ressemble. Que cherche-t-elle ? Que refuse-t-elle ? Nous sentons confusément que cette aventure est aussi la nôtre. Que vouloir donner un sens à sa vie est le lot de tout un chacun. Et qu’il faudra du temps, de l’espace, du rien aussi pour que cesse la peur. À travers les monologues de Jeanne et les conversations téléphoniques avec Eloi son mari, nous sentons et suivons ce besoin d’échapper au quotidien, « Besoin de sentir d’autres vies que la mienne. » Jeanne est notre sœur.»
Patrick Gay Bellile. Le Matricule des Anges n°215 , juillet 2020.